hooliganisme quand tu nous tiens
Football/PSG FABRICE H., l'un des principaux chefs des hooligans parisiens : « La bagarre, c'est notre championnat à nous »
EN QUINZE ANS de fréquentation du Parc, il est devenu l'un des « piliers » de la tribune Boulogne. Fabrice H. est aujourd'hui l'un des meneurs de la Casual Firm, le « groupuscule officieux » le plus redouté de France.
Déjà incarcéré pour violences et dégradations il y a des années, ce chef hooligan parle aujourd'hui. Son témoignage en dit long. Les propos qu'il tient n'engagent, cela va de soi, que leur auteur.
Comment imaginez-vous l'ambiance dimanche lors de PSG - Toulouse ?
Fabrice H. Morose comme lors de Nantes - PSG dimanche dernier. Nous souhaitons une marche silencieuse en hommage aux deux victimes, Julien (décédé) et Mounir (blessé). Nous aurions aimé une minute de silence mais elle nous a été refusée par la Ligue de football. Je suis écoeuré. Nous voulions organiser une journée de recueillement mais on nous répond par de la répression. J'essaierai tout de même que tout se passe bien.
Que pensez-vous des mesures adoptées ?
Ce sont des effets d'annonce qui ne résoudront rien. Ça ne fait que déplacer le problème et mettre de l'huile sur le feu. Le hooliganisme ne disparaîtra pas pour autant.
« J'aimerais que nous ayons un terrain officiel dans chaque ville pour nous affronter en toute légalité »
Que pensez-vous des circonstances du drame qui a entraîné la mort de Julien ?
Pour moi, c'est une bavure. Je ne le connaissais pas mais il ne peut pas y avoir de légitime défense quand un mec est armé et que l'autre ne l'est pas. Pendant les émeutes de banlieue, il n'y a pas eu un seul coup de feu. Et là, une balle fait deux victimes. Nous vivons les instants les plus noirs de l'histoire du PSG.
Vous en êtes une des figures mais comment êtes-vous devenu un hooligan du PSG ?
J'aime le PSG. C'est le club de ma ville. Je suis allé au Parc il y a une quinzaine d'années. Gamin, j'étais fasciné. J'ai commencé à jeter des canettes puis, au fur et à mesure, tu montes dans le rang. Tu attaques le stand de merguez et puis tu te retrouves en première ligne lors des incidents. J'ai gravi les échelons un à un mais aujourd'hui, je suis sur la pente descendante. Je laisse la place aux jeunes. J'ai une vie de famille que je ne veux pas perdre à nouveau. J'ai fait partie de la première vague d'incarcération pour des faits de violences et de dégradations.
Qu'est-ce qu'un hooligan ?
Un mec qui aime le foot et la bagarre. Il y a plusieurs générations de « hools » à Paris. En allant en prison, j'en ai connu beaucoup et ils ont toujours été là. J'ai des vrais amis au PSG.
Y a-t-il des règles ?
Une coutume en tout cas. A Paris, on n'utilise pas d'arme. Au maximum une ceinture. Et on ne lynche pas un gars à terre. Ce n'est pas toujours respecté mais on essaie de faire le ménage devant notre porte. On ne tape pas au hasard. On ne frappe que des gens qui veulent en découdre.
Comment se déroule une bagarre entre supporters ?
Parfois, on se fixe des rendez-vous. Sinon, c'est une chasse. Et on est soit le chasseur soit le chassé. La bagarre, c'est notre championnat à nous. Et historiquement, nous sommes les meilleurs. Nous avons un rang à tenir et la réputation est très importante dans ce milieu.
Vous vous rendez compte à quel point ce « championnat parallèle » est choquant ?
Oui, c'est un jeu dangereux mais il y en a d'autres comme le « pride » (le free-fight). Nous, c'est beaucoup moins violent et, jusqu'à ce qu'un policier tire sur un supporter, il n'y avait pas eu de mort.
Quelle solution préconisez-vous pour régler les problèmes de violence ?
J'aimerais que nous ayons un terrain officiel dans chaque ville pour nous affronter en toute légalité. Nous signerions une décharge de responsabilité en entrant.
On sait que vous, les hooligans, vous avez une forte influence auprès du club. Vous semblez parfois avoir portes ouvertes...
On ne m'ouvre pas des portes parce que je suis un hooligan mais parce que j'essaie de régler des conflits et de calmer des situations. Dimanche, par exemple, nous essayons d'organiser une marche pacifique commémorative. C'est pour ce genre de choses que le club m'écoute.
« Notre premier coup d'éclat, c'est la bâche Weah... »
Quelles relations entretenez-vous avec l'actuelle direction du club ?
Avec Alain Cayzac, aucune. Mais je parle parfois avec des responsables de la sécurité. Nous avons eu des bons rapports dans le passé quand le PSG a embauché des anciens du Kop Boulogne pour calmer les esprits. Ils avaient des rôles de grands frères comme dans une cité.
Et avec des entraîneurs ou avec des joueurs ?
Luis (Fernandez) a eu des rapports avec certains responsables d'associations. Personnellement, j'ai eu des relations privilégiées avec Francis Llacer et Pascal Nouma. On a fait quelques soirées avec Colleter, Valdo ou Dieng. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. J'ai vu Clément Chantôme vendredi et hier (mardi), il a dit qu'il n'y avait que des racistes à Boulogne. Lamentable.
Qu'est-ce que la Casual Firm à laquelle vous appartenez ?
Un groupe officieux. Probablement le plus craint en France et j'en suis fier. Mais comme dans beaucoup de légendes, il y a une part de mythe et une part de réalité. Quand on dit qu'on a séquestré un mec des Tigris (ex-groupe de supporters d'Auteuil) avec un calibre sur la tempe, il faut arrêter...
Quels sont vos plus grands faits d'armes ?
Nous n'étions pas seuls mais je suis fier que nous ayons fait cavaler les mecs de Chelsea car pour nous, c'était les no 1 mondiaux. Notre premier coup d'éclat, c'est la bâche Weah (« Weah, on n'a pas besoin de toi », écrit avec des croix celtiques et des S de SS). Mais elle a plus fait parler que nous ne l'espérions. On a décidé que le message seul ne suffisait pas alors on a rajouté de la « provoc » avec les croix celtiques et les S de SS. Pour choquer.
« La violence, c'est une montée d'adrénaline extraordinaire »
Etes-vous raciste ?
Non. Je suis français et je n'en ai pas honte.
Mais vous ne niez pas qu'il y a des racistes à Boulogne...
Sans les cautionner, je cohabite avec eux. Il y a de tout chez nous, des nationalistes et des mecs qui aiment surtout la bagarre. Mais nous essayons de nous démarquer de cette image « Boulogne facho ». A la Casual Firm, il y a des mecs de cité, loin d'être fachos. Notre mascotte est un beur. Au milieu des années 1990, des militants d'extrême droite ont essayé de tracter à Boulogne. Nous leur avons montré la sortie...
Quel plaisir trouvez-vous dans la violence ?
C'est une montée d'adrénaline extraordinaire.
Est-ce que vous emmèneriez vos enfants à Boulogne ?
Oui. Je n'en ai pas mais j'ai emmené ma femme lors d'un PSG - OM. Je connais les coutumes. Avec des enfants, je saurais éviter les incidents.
Comment définiriez-vous les relations entre le Kop Boulogne et le Virage Auteuil ?
Comme dans une famille, il y a des hauts et des bas. Aujourd'hui, nous sommes unis dans la douleur. Mais c'est dommage que nous ne soyons unis que dans les moments difficiles.
La « guerre » avec les Tigris qui a abouti à leur autodissolution en juin est encore dans tous les esprits...
Là, on a touché le fond. C'est le pire moment dans l'histoire des relations Auteuil-Boulogne. Le problème, c'est que les Tigris ont voulu le contrôle du Parc. On leur a dit : « On n'est pas des ultras, n'essayez pas de devenir hooligans. »
Pourquoi faites-vous aussi peur ?
Parce qu'il y a un mythe sanguinaire autour de nous. C'est le même cliché qui veut que tous les musulmans sont des terroristes.
petit gift pour ceux qui ont eu le courage de lire toute l'interview
téma , du ttc à la sauce canadienne/québécoise
Numéro# - Chewing gum fraise (feat. Omnikrom)
sinon du beaucoup plus éléctro
Breakbot - bagdad gangbang
EN QUINZE ANS de fréquentation du Parc, il est devenu l'un des « piliers » de la tribune Boulogne. Fabrice H. est aujourd'hui l'un des meneurs de la Casual Firm, le « groupuscule officieux » le plus redouté de France.
Déjà incarcéré pour violences et dégradations il y a des années, ce chef hooligan parle aujourd'hui. Son témoignage en dit long. Les propos qu'il tient n'engagent, cela va de soi, que leur auteur.
Comment imaginez-vous l'ambiance dimanche lors de PSG - Toulouse ?
Fabrice H. Morose comme lors de Nantes - PSG dimanche dernier. Nous souhaitons une marche silencieuse en hommage aux deux victimes, Julien (décédé) et Mounir (blessé). Nous aurions aimé une minute de silence mais elle nous a été refusée par la Ligue de football. Je suis écoeuré. Nous voulions organiser une journée de recueillement mais on nous répond par de la répression. J'essaierai tout de même que tout se passe bien.
Que pensez-vous des mesures adoptées ?
Ce sont des effets d'annonce qui ne résoudront rien. Ça ne fait que déplacer le problème et mettre de l'huile sur le feu. Le hooliganisme ne disparaîtra pas pour autant.
« J'aimerais que nous ayons un terrain officiel dans chaque ville pour nous affronter en toute légalité »
Que pensez-vous des circonstances du drame qui a entraîné la mort de Julien ?
Pour moi, c'est une bavure. Je ne le connaissais pas mais il ne peut pas y avoir de légitime défense quand un mec est armé et que l'autre ne l'est pas. Pendant les émeutes de banlieue, il n'y a pas eu un seul coup de feu. Et là, une balle fait deux victimes. Nous vivons les instants les plus noirs de l'histoire du PSG.
Vous en êtes une des figures mais comment êtes-vous devenu un hooligan du PSG ?
J'aime le PSG. C'est le club de ma ville. Je suis allé au Parc il y a une quinzaine d'années. Gamin, j'étais fasciné. J'ai commencé à jeter des canettes puis, au fur et à mesure, tu montes dans le rang. Tu attaques le stand de merguez et puis tu te retrouves en première ligne lors des incidents. J'ai gravi les échelons un à un mais aujourd'hui, je suis sur la pente descendante. Je laisse la place aux jeunes. J'ai une vie de famille que je ne veux pas perdre à nouveau. J'ai fait partie de la première vague d'incarcération pour des faits de violences et de dégradations.
Qu'est-ce qu'un hooligan ?
Un mec qui aime le foot et la bagarre. Il y a plusieurs générations de « hools » à Paris. En allant en prison, j'en ai connu beaucoup et ils ont toujours été là. J'ai des vrais amis au PSG.
Y a-t-il des règles ?
Une coutume en tout cas. A Paris, on n'utilise pas d'arme. Au maximum une ceinture. Et on ne lynche pas un gars à terre. Ce n'est pas toujours respecté mais on essaie de faire le ménage devant notre porte. On ne tape pas au hasard. On ne frappe que des gens qui veulent en découdre.
Comment se déroule une bagarre entre supporters ?
Parfois, on se fixe des rendez-vous. Sinon, c'est une chasse. Et on est soit le chasseur soit le chassé. La bagarre, c'est notre championnat à nous. Et historiquement, nous sommes les meilleurs. Nous avons un rang à tenir et la réputation est très importante dans ce milieu.
Vous vous rendez compte à quel point ce « championnat parallèle » est choquant ?
Oui, c'est un jeu dangereux mais il y en a d'autres comme le « pride » (le free-fight). Nous, c'est beaucoup moins violent et, jusqu'à ce qu'un policier tire sur un supporter, il n'y avait pas eu de mort.
Quelle solution préconisez-vous pour régler les problèmes de violence ?
J'aimerais que nous ayons un terrain officiel dans chaque ville pour nous affronter en toute légalité. Nous signerions une décharge de responsabilité en entrant.
On sait que vous, les hooligans, vous avez une forte influence auprès du club. Vous semblez parfois avoir portes ouvertes...
On ne m'ouvre pas des portes parce que je suis un hooligan mais parce que j'essaie de régler des conflits et de calmer des situations. Dimanche, par exemple, nous essayons d'organiser une marche pacifique commémorative. C'est pour ce genre de choses que le club m'écoute.
« Notre premier coup d'éclat, c'est la bâche Weah... »
Quelles relations entretenez-vous avec l'actuelle direction du club ?
Avec Alain Cayzac, aucune. Mais je parle parfois avec des responsables de la sécurité. Nous avons eu des bons rapports dans le passé quand le PSG a embauché des anciens du Kop Boulogne pour calmer les esprits. Ils avaient des rôles de grands frères comme dans une cité.
Et avec des entraîneurs ou avec des joueurs ?
Luis (Fernandez) a eu des rapports avec certains responsables d'associations. Personnellement, j'ai eu des relations privilégiées avec Francis Llacer et Pascal Nouma. On a fait quelques soirées avec Colleter, Valdo ou Dieng. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. J'ai vu Clément Chantôme vendredi et hier (mardi), il a dit qu'il n'y avait que des racistes à Boulogne. Lamentable.
Qu'est-ce que la Casual Firm à laquelle vous appartenez ?
Un groupe officieux. Probablement le plus craint en France et j'en suis fier. Mais comme dans beaucoup de légendes, il y a une part de mythe et une part de réalité. Quand on dit qu'on a séquestré un mec des Tigris (ex-groupe de supporters d'Auteuil) avec un calibre sur la tempe, il faut arrêter...
Quels sont vos plus grands faits d'armes ?
Nous n'étions pas seuls mais je suis fier que nous ayons fait cavaler les mecs de Chelsea car pour nous, c'était les no 1 mondiaux. Notre premier coup d'éclat, c'est la bâche Weah (« Weah, on n'a pas besoin de toi », écrit avec des croix celtiques et des S de SS). Mais elle a plus fait parler que nous ne l'espérions. On a décidé que le message seul ne suffisait pas alors on a rajouté de la « provoc » avec les croix celtiques et les S de SS. Pour choquer.
« La violence, c'est une montée d'adrénaline extraordinaire »
Etes-vous raciste ?
Non. Je suis français et je n'en ai pas honte.
Mais vous ne niez pas qu'il y a des racistes à Boulogne...
Sans les cautionner, je cohabite avec eux. Il y a de tout chez nous, des nationalistes et des mecs qui aiment surtout la bagarre. Mais nous essayons de nous démarquer de cette image « Boulogne facho ». A la Casual Firm, il y a des mecs de cité, loin d'être fachos. Notre mascotte est un beur. Au milieu des années 1990, des militants d'extrême droite ont essayé de tracter à Boulogne. Nous leur avons montré la sortie...
Quel plaisir trouvez-vous dans la violence ?
C'est une montée d'adrénaline extraordinaire.
Est-ce que vous emmèneriez vos enfants à Boulogne ?
Oui. Je n'en ai pas mais j'ai emmené ma femme lors d'un PSG - OM. Je connais les coutumes. Avec des enfants, je saurais éviter les incidents.
Comment définiriez-vous les relations entre le Kop Boulogne et le Virage Auteuil ?
Comme dans une famille, il y a des hauts et des bas. Aujourd'hui, nous sommes unis dans la douleur. Mais c'est dommage que nous ne soyons unis que dans les moments difficiles.
La « guerre » avec les Tigris qui a abouti à leur autodissolution en juin est encore dans tous les esprits...
Là, on a touché le fond. C'est le pire moment dans l'histoire des relations Auteuil-Boulogne. Le problème, c'est que les Tigris ont voulu le contrôle du Parc. On leur a dit : « On n'est pas des ultras, n'essayez pas de devenir hooligans. »
Pourquoi faites-vous aussi peur ?
Parce qu'il y a un mythe sanguinaire autour de nous. C'est le même cliché qui veut que tous les musulmans sont des terroristes.
petit gift pour ceux qui ont eu le courage de lire toute l'interview
téma , du ttc à la sauce canadienne/québécoise
sinon du beaucoup plus éléctro
